Nouveaux métiers, nouvelles compétences ? Table-ronde sur les métiers de l’info-doc.

magalielegall_Lille_2017

CC-BY @magalielegall

Le 29 mars dernier, j’ai eu la chance d’être invitée par la pétillante équipe de la Fusée SKEMA Business School de Lille pour intervenir à une table-ronde lors de la 25e Journée ACIEGE, réunissant  les responsables des bibliothèques des Ecoles de Management, membres de la CGE (Conférence des Grandes Ecoles). Consacrée aux nouveaux métiers et nouvelles compétences, et entourée de Carole Guelficci, Claire Leblond et Jean-Philippe Accart, j’ai fait le point sur le virage que j’effectuais progressivement depuis quelques années.

Le virage en question a commencé en 2013-2014 avec des réflexions autour de la pédagogie et de la nécessité que nous avons – que ce soit auprès des étudiants ou des collègues – de repenser la façon dont nous transmettons et nous accompagnons l’apprentissage. Peu à peu, j’ai ressenti une forme d’agression lorsque je recevais des mails avec, en pièce-jointe, de longs compte-rendus, des rapports, des tableaux imbuvables, des référentiels blindés de jargon. C’était une forme polie de me dire « Tiens, vas-y, prends ce paquet de texte à la figure »… et parallèlement, la lecture de ces documents à l’écran s’est faite de plus en plus difficile. D’autant plus difficile que l’on baigne tous dans un monde d’infobésité avec cette trouille constante de rater les infos essentielles. Je suis donc devenue, comme beaucoup, la reine de la lecture en diagonale, à la va-vite, quand je prenais le temps d’ouvrir la pièce-jointe en question.

Un nouveau regard

C’est la formation suivie auprès de Philippe Boukobza en janvier 2016 qui m’a fait prendre conscience que les outils de la pensée visuelle n’étaient absolument pas réservés à un usage personnel et que ce qui s’exprimait déjà dans ma façon de traiter l’information au travail n’avait rien à voir avec des « fioritures » (ou alors les fioritures ont beaucoup d’avenir devant elles !). D’une certaine manière, cette prise de conscience a changé en profondeur mon rapport au travail.

Et en changeant de regard sur mon travail, j’ai aussi ouvert les yeux sur le rapport à la créativité qu’entretenaient mes collègues. Notamment ceux qui, instinctivement, se positionnaient dans la case « je-ne-suis-pas-capable-je-ne-suis-pas-créatif/ve-et-de-toute-façon-je-sais-pas-dessiner ». Et surtout je ne me permets pas, ai-je envie de rajouter. Donc, dans un premier temps, face au « je ne peux pas, je ne sais pas », il s’agit de redonner confiance. De permettre à tous ceux qui le souhaitent de prendre en main ces techniques et qu’elles soient reconnues comme aussi valables que les autres, aussi sérieuses, dans le monde professionnel. Ce n’est pas juste « faire de jolis petits dessins colorés », genre déco de cahier.

L’enjeu de la formation

Je suis convaincue qu’il faut mettre les efforts sur la formation continue des agents si l’on veut faire évoluer les services et les compétences, mais surtout, je suis encore plus plus convaincue qu’il ne faut pas que l’accès à ces formations reste l’apanage d’un groupe restreint de professionnels qui ont une appétence pour l’innovation ou des postes que l’on estime en relation avec l’innovation. Je ne sais pas trop pourquoi mais, actuellement, si l’on ne relève pas des services aux publics ou de la formation des usagers, l’accès à ce type de formations ne va pas de soi. Ne serait-il pas temps d’arrêter de compartimenter autant les compétences et de laisser chacun se construire une boîte à outils fonctionnelle et motivante ?

Enfin, face à la claque assénée par les documents blindés de texte, j’estime que les outils de la pensée visuelle permettent de transmettre ses idées avec bienveillance !

Quels sont les apports de la pensée visuelle ?

Favoriser la confiance et la créativité

  • au travers des formes et des couleurs toucher l’émotionnel
  • développer sa “confiance créative” selon les mots de David Kelley (il y a un chouette article de Cécile Arènes ici)
  • empowerment : tout le monde peut !
  • je le répète parce que c’est important : outils qui permettent de transmettre avec bienveillance
  • outils qui respectent le fonctionnement du cerveau : aide à l’attention / concentration et à la mémorisation à long-terme
  • à prendre en main à son rythme, selon la méthode des petits pas (le kaizen selon Robert Maurer)

Simplexité (« art de rendre simple, lisible, compréhensible des choses complexes » – Alain Berthoz, 2009)

  • faire jaillir du sens, lever les ambiguïtés
  • s’assurer de la compréhension (il est difficile – impossible ? – de réaliser une mind map sur un sujet auquel vous n’avez rien compris…)
  • « the big picture » : donner à voir l’image globale
  • saisir rapidement l’essentiel (si vous n’avez pas d’ambitions démesurées, c’est beaucoup plus facile de corriger, voire de laisser tomber une idée que vous avez eue)

    « Si vous figez une idée trop vite, vous en tombez amoureux. Si vous la perfectionnez trop vite, vous vous y attachez et il devient très difficile de poursuivre l’exploration » (Franck Gehry)

Favoriser l’intelligence collective

  • faire du lien entre les idées de chacun : créer un langage commun et une vision commune
  • mieux travailler en groupe
  • gagner en agilité
  • retranscrire tous les points de vue, donner à voir la pensée en train de se construire. Toutes les productions sont différentes, reflètent la personnalité de leur auteur et c’est aussi ça qui attise la curiosité du lecteur

Cultiver l’expression de la pensée latérale/divergente (De Bono)

  • explorer les idées les plus folles
  • développer une culture d’exploration, improviser, multiplier les solutions possibles, les alternatives
  • « think out of the box » : sortir de la linéarité et de sa zone de confort (se délester de ses a priori sur ce qui se fait / ne se fait pas)

Et, le plus important pour la fin ? C’est fun !

  • plaisir ressenti par celui qui fait, qui pense avec ses mains et laisse sa créativité s’exprimer
  • plaisir également du côté du facilitateur : lorsque j’anime des ateliers, j’aime voir les barrières tomber et les gens « s’autoriser à ». J’assiste toujours à des expériences très positives car les participants – même ceux qui sont sur leur réserve au départ – finissent toujours par mettre de côté leurs pensées auto-limitantes et retrouver leur « confiance créatrice ».
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3 réflexions sur “Nouveaux métiers, nouvelles compétences ? Table-ronde sur les métiers de l’info-doc.

  1. C’est bien joli tout ça mais tous les cerveaux ne sont pas tous câblés pareillement (cf les bouquins de Sach) et nous ne sommes pas tous à avoir une pensée visuelle. Il faut ratisser plus large pour convenir à tout le monde.

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    1. En effet Janaelle, nous ne sommes pas tous câblés de la même manière, j’en ai bien conscience (et les travaux d’Howard Gardner ou de Bruno Hourst le montrent eux aussi très bien). Il me paraît juste important de diversifier la boîte à outils pour permettre à chacun de trouver ceux qui lui correspondent le plus. Et, dans cet article, je ne fais que retranscrire mes pensées face à ce que j’expérimente au quotidien, pour ma part et avec mes collègues 😉

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